Page 5 - Newsletter Novembre 2016
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Au cœur des guerres de religion en France : les trésors de la donation exceptionnelle de Jean Paul Barbier-Mueller
Quelle collection est issue de cette pas- sion ? Celle de l’art tribal en particulier ? En fait, il n’y avait que des « cultures » en Afrique ou en Océanie, et non de véritables « civilisations », en raison de l’absence de lit­ térature, de villes, sauf rares cas, comme le royaume du Bénin au Nigéria et les cités d’Amérique avant l’arrivée des Espagnols de Colomb. A vingt ans, en 1950, j’ignorais ces formes d’expression plastique. Je n’ai été foudroyé par la vision de masques et statuettes africaines propres de toute in uence euro­ péenne qu’en pénétrant dans la demeure de Josef Mueller, mon futur beau­père, en 1952. Un fait s’est imposé à moi et s’est gravé pour toujours dans ma mémoire : ces hommes, des sculpteurs admirables, travaillaient sans croquis, sans repères, s’attaquant directement au tronc d’arbre dont ils dégagaient peu à peu une forme plus ou moins naturaliste, ou simpli ée. Ils ne cherchaient pas à créer
des œuvres relevant du beau, vouées à l’ad­ miration. Il s’agissait d’images fonctionnelles, liées à leurs pratiques magico­religieuses. Donc, chez eux, aucun souci du jugement d’un­e mécène ou d’un public. La seule vo­ lonté de contribuer à l’équilibre des forces du bien et du mal, de neutraliser symbolique­ ment par la magie le désordre (la brousse) s’opposant à l’ordre (le village).
Faisons un immense saut dans la littérature et l’histoire de la  n de la Renaissance en France. Vous possédez une collection d’ouvrages poétiques, d’œuvres de Ronsard et de ses successeurs, exposée jadis à la Bodmeriana puis au Musée Condé de Chantilly. Pouvez-vous nous en dire plus ? J’aime la poésie. Le lecteur de Ronsard ou de Du Bellay lira tout naturellement avec une certaine jouissance physique le texte de leurs premières éditions, devenues rarissimes très tôt. Toucher un beau papier fait à la main est plus voluptueux que le froissement du
« papier­bible » d’une édition moderne.
En soixante ans de recherches, avec très peu d’argent au début, j’ai découvert des merveilles. Plus récemment, ces Hymnes de Ronsard
de 1555­1556, deux Recueils se faisant suite, ouvrages introuvables même abîmés, en deux volumes à l’état de neuf, reliés ensemble dans une somptueuse reliure en vélin doré au petit fer d’époque, dans le mode oriental, ce que nul ne peut expliquer. C’est vrai : je possède la plus importante collection de livres de poésie française composée de 1550 à 1615 jamais réunie jusqu’à aujourd’hui par aucun des collectionneurs connus dans les siècles écoulés. Je n’en suis pas  er : j’en suis
LES NOUVELLES DU MIR
NO 22 – JANVIER 2017
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