Page 6 - Newsletter Novembre 2016
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heureux au delà de l’imaginable... Mais pourquoi 1615 ? me demanda­t­on. C’est la date de la mort de Marguerite, la « reine Margot », dernière des Valois. A ce moment s’amorce avec netteté le déclin de Ronsard et de la Pléiade, critiqués par Malherbe, bientôt sup­ plantés par les illustres classiques du Grand Siècle, puis redécouverts au début du 19e siècle par Sainte­Beuve. Cette collection représente environ onze cents volumes...
Ce sont donc les polémiques entre poètes protestants et catholiques qui sont à l’ori- gine de votre anthologie d’ouvrages his- toriques de l’époque.
Bien sûr, à l’évidence ! Depuis mon adolescence, les atroces guerres de religion entre catholiques et protestants français m’ont impressionné. Le sang coulait comme aujourd’hui en Syrie. La méchanceté innée des animaux supérieurs que nous sommes ne s’explique toujours pas pour moi... Elle apparaît sans cesse dans les pamphlets publiés entre 1562 et 1598, mêlée à des prières touchantes pour la tolérance de la part de certains personnages merveilleux. Parmi eux quelques poètes, dont les plus grands sont sévères quand il s’agit de doctrine, et beaucoup moins quand les divergences conduisent à des con its sanglants, à des a rontements entre membres d’une famille. Ronsard,  dèle catholique, l’a hautement dé­ ploré, condamnant toutes et tous les Français. Et blâmant la nomination de jeunes nobles à la fonction d’évêque pour leurs quinze ans ! Il insulte les « ministres de Genève », sauf Théodore de Bèze, dont il déplore l’orientation religieuse, tout en saluant son humanisme.
Quel avenir souhaitez-vous pour cette bibliothèque historique ?
J’ai eu un rêve... Possédant leur Musée international de la Réforme, leur Bibliothèque historique hébergée par leur Université, les protestants genevois pourraient, pourquoi pas, faire un don anonyme, pour alimenter une cagnotte consacrée à l’achat de tous les ouvrages, de tous les tracts et pamphlets po­ litiques des deux partis, publiés entre 1550 et 1600, concernant le con it qui nous occupe ici. Les donatrices et donateurs formeraient une sorte de « Club du MIR ». Dans dix ou vingt ans, Genève, la « Rome protestante » aurait ainsi la plus importante bibliothèque historique relative aux guerres de religion. Or celles­ci coïncident dans le temps avec le règne des quatre derniers Valois et celui du premier Bourbon, Henri IV, artisan de la paix.
L’objectif de cette bibliothèque est de per­ mettre au MIR de devenir un pôle d’attrac­ tion formidable pour les « seiziémistes » de plusieurs Facultés universitaires di érentes, draînant étudiant­e­s, doctorant­e­s, ou spé­ cialistes. Cette période fait aujourd’hui l’objet d’un vif regain d’intérêt. Une fois de plus, Genève brillerait sur la scène internationale de la culture. Celle qui la symbolise souvent : Calvin et sa Réforme.
LES NOUVELLES DU MIR
NO 22 – JANVIER 2017
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Ecouter l’interview à propos de la donation


































































































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