2016

Objets du mois 2016

Janvier

 

Jan Luyken (1649-1712), L’iconoclasme des années 1568, Amsterdam, vers 1679. Musée international de la Réforme, Genève.

Le MIR possède dans sa collection une intéressante représentation, réalisée à Amsterdam par l’artiste Jan Luyken (1649-1712). Cette eau-forte, qui servait d’illustration à un ouvrage d’histoire, dépeint une scène d'iconoclasme survenue dans les années 1568 aux Pays-Bas. À l’intérieur d’une église, des hommes et des femmes détruisent des images et des statues de saints. Au centre, sur un autel, se dresse un Christ en croix. À l’aide de cordes, un groupe d'individus tente de le faire tomber à terre.

Depuis 1556, les Dix-Sept provinces des Pays-Bas étaient sous la domination du roi d’Espagne, Philippe II. Plusieurs courants protestants – notamment le calvinisme – s’y étaient rapidement installés et la région vit se dérouler, à l’été 1566, de nombreux actes d’iconoclasme. Ces agissements violents furent le fruit d’une part de revendications religieuses, d’autre part d’une opposition politique grandissante. En effet, à la lutte des calvinistes contre le pouvoir du pape s’ajouta bientôt le combat pour l’indépendance d’une partie de l’aristocratie néerlandaise hostile à la couronne d’Espagne. En résulta un soulèvement armé qui aboutit, en 1568, à la guerre de Quatre-Vints ans (ou révolte des Pays-Bas). Au terme de ce conflit, les sept provinces du nord, à majorité protestante, obtinrent leur autonomie et constituèrent les Provinces-Unies. L’Espagne garda le contrôle des dix provinces du sud.


       Samantha Reichenbach, conservatrice


 

Février

 


Hillebrand van der Aa, Daniel Stoopendaal, Statue d’Erasme de Rotterdam, Pays-Bas, fin 17e ou début 18e siècle. Musée historique de la Réformation, Genève, en dépôt au MIR, Genève.

Voici une gravure hollandaise que les visiteurs peuvent admirer au MIR. Sur un pont enjambant un canal, se dresse une grande statue d’Erasme lisant un livre. Elle est placée sur un socle gravé et cernée d'une clôture. Dans l'arrière-fond apparaît Rotterdam, ville natale de l’humaniste.

Cette représentation fut dessinée par Hillebrand van der Aa
(v. 1660-v. 1721), de Leyden, et gravée par l’Amstellois Daniel Stoopendaal (1672-1726). La gravure fut imprimée par l’éditeur leydois Pieter van der Aa (1659-1733), frère d’Hillebrand.

La statue d’Erasme, en bronze, est toujours visible à Rotterdam, non loin de l’église Saint-Laurent. Elle fut commissionnée en 1618 au sculpteur Hendrick de Keyser (1565-1621) et coulée en 1622, peu après la mort de ce dernier.

Hendrick de Keyser, Statue d’Erasme, Rotterdam, 1622.

    
       Samantha Reichenbach, conservatrice

Emplacement: Salle de la Bible.


 

Mars

 

Anonyme, Portrait de Charles IX, 19e siècle. © MIR, Genève.

Voici un ravissant petit tableau, réalisé au 19e siècle d’après une œuvre plus ancienne, que les visiteurs peuvent admirer dans une salle du MIR. Il s’agit d’un portrait de Charles IX (1550-1574), fils d’Henri II et de Catherine de Médicis, qui régna sur la France de 1560 à sa mort. Charles IX accéda au trône à l’âge de dix ans, pour succéder à son frère François II.

Sa souveraineté fut marquée par les guerres de religion qui déchiraient alors le royaume et dont l’un des points culminants fut, après plusieurs tentatives de réconciliations, le massacre de la Saint-Barthélemy en août 1572. La sœur de Charles IX, Marguerite de Valois, venait d’épouser le protestant Henri de Navarre, futur roi Henri IV – une union politique qui visait à concilier catholiques et protestants.

De santé fragile, le jeune Charles IX se trouva gravement affaibli par les tourments de son règne. Il mourut le 30 mai 1574, à l’âge de vingt-trois ans – sa mort ne tarda pas à susciter des rumeurs d’empoisonnement.

       Samantha Reichenbach, conservatrice

Emplacement : MIR, Salle Barbier-Mueller.
 


 

Avril

 

Gaspard de Coligny (1519-1572), Lettre adressée à Jeanne d’Albret, 1569. © MIR, Genève.

La salle Barbier-Mueller du MIR donne à voir plusieurs documents uniques dont ce manuscrit, en partie autographe, de l’amiral Gaspard de Coligny – l’un des principaux chefs protestants lors des guerres de religion dans la France du 16e siècle.

Cette lettre, datée du 21 juillet 1569, est adressée à la protestante reine de Navarre, Jeanne d’Albret, mère du futur roi Henri IV. Au moment où le royaume est secoué par les conflits, Coligny évoque notamment des reîtres, ces mercenaires germaniques qui servirent tant dans le camp protestant que dans le camp catholique.      

       Samantha Reichenbach, conservatrice


Emplacement: MIR, Salle Barbier-Mueller.


 

Mai

 

Auteur inconnu (école française), Portrait d’Agrippa d’Aubigné, huile sur toile, début 17e siècle. Exposé dans la Salle Barbier Mueller du MIR. © Musée international de la Réforme, Genève.

Le public peut admirer au MIR ce beau portrait du poète et écrivain français Théodore Agrippa d’Aubigné (1552-1630). Notre personnage, qui étudia à Genève sous l’égide de Théodore de Bèze et mourut dans cette même ville, fut l’ami et le compagnon d’armes d’Henri IV. Ce tableau ovale dont l’auteur, issu de l’école française, demeure inconnu, fut réalisé au début du 17e siècle. On peut comparer cette œuvre à un autre portrait d'Agrippa d'Aubigné qui se trouve au château de Maintenon, en France. Ce dernier fut la propriété de Madame de Maintenon, née Françoise d’Aubigné, petite-fille d'Agrippa d'Aubigné et favorite de Louis XIV.

Auteur inconnu (école française), Petit panneau: Agrippa d’Aubigné, 17e siècle. Exposé au Château de Maintenon, France. © Collection famille Noailles-Raindre.
 


 

Juin

 

Théodore de Bèze (1519-1605), Icones, imprimées à Genève chez Jean de Laon, 1580. © MIR, Genève.

Livre ouvert sur le portrait de Calvin

Dès 1577, Théodore de Bèze entreprit la réalisation d’un ouvrage destiné à présenter des portraits fidèles d’acteurs illustres de la Réforme – théologiens, martyrs, ou encore souverains. En 1580, il en livra une première version encore incomplète, imprimée à Genève sous le titre d’Icones. Chaque portrait était accompagné d’une petite biographie et de quelques vers latins. Ces représentations étaient suivies d’un petit recueil d’emblèmes, les Emblemata. Ces images symboliques étaient assorties de moralités en latin. Les portraits des Icones sont en partie attribués à l’artiste suisse Tobias Stimmer (1539-1584). Les Emblemata sont, quant à eux, l’œuvre de Pierre Eskrich (v. 1518-1595), graveur d’origine parisienne reçu bourgeois de Genève dans les années 1560.

Le MIR possède un exemplaire de l’ouvrage dont la reliure, ornée d’un splendide décor, est en grande partie de l’époque.


       Samantha Reichenbach, conservatrice


Emplacement: MIR, Salle Barbier-Mueller.
 


 

Juillet

 

Adriaen Lommelin, Portrait de Henri IV, 3e quart du 17e siècle. © MIR, Genève.

Dans sa collection, le MIR possède ce beau portrait de Henri IV (1553-1610). Régnant sur la France de 1589 à sa mort, Henri IV promulgua en 1598 l’édit de Nantes, qui concéda des droits aux protestants et mit ainsi fin aux guerres de religion qui avaient ravagé le royaume.  Comme l’indique la signature au bas, cette gravure, réalisée dans le troisième quart du 17e siècle, est l’œuvre d’un artiste actif à Anvers, Adriaen Lommelin (1637 ? - v. 1673).

Il s’agit de la réplique inversée de Hendrick Goltzius (1558-1617), un artiste néerlandais dont l’œuvre connut un très grand succès.
 

Samantha Reichenbach, conservatrice

Hendrik Goltzius, Portrait de Henri IV, 17e siècle. © Bibliothèque nationale de France, Département Estampes et photographie, RESERVE FOL-QB-201 (16).


 

Août

 

Anonyme, Portrait de Berchtold Haller, fin 17e ou début 18e siècle. © MIR, Genève.

Dans une salle du MIR, on peut voir ce portrait du réformateur Berchtold Haller (1494-1536), réalisé à la fin du 17e ou au début du 18e siècle par un peintre anonyme.

Berchtold Haller joua un rôle de premier plan dans l’implantation de la Réforme à Berne. Originaire d’Aldingen en Allemagne, il occupa dès 1520 la fonction de prêtre et chanoine à la Collégiale Saint-Vincent de Berne. Ami de Melanchthon – dont il fut le compagnon d’études – et de Zwingli, il diffusa, avec persévérance et non sans revers, les idées nouvelles en provenance d’Allemagne et de Zurich. Sa participation fut active, notamment, lors de la dispute de Berne (6 au 26 janvier 1528), suite à laquelle le Conseil de Berne décréta la Réforme, le 7 février 1528. Haller constitua l’Eglise réformée bernoise, dont il devint premier doyen en 1532.

Samantha Reichenbach, conservatrice

Emplacement: MIR, Salle de Genève et Calvin.


 

Septembre

 

Médaille satirique, Allemagne, vers 1543. © MIR, Genève.

Le MIR possède dans sa collection cette étonnante médaille d’argent, réalisée en Allemagne autour de 1543. Sur l’avers, on reconnaît le pape, coiffé de sa tiare et qui, tourné de 180°, se transforme en diable. Le revers donne à voir un cardinal, couvert de son chapeau plat. Tourné de 180°, il devient un bouffon, avec son bonnet de fou à grelots.

Le pape, associé au diable, et le cardinal, transformé en bouffon, sont tournés en dérision et le caractère satirique de la médaille est encore souligné par les inscriptions qu’on peut y lire. Ces dernières, en latin, signifient: «L’Eglise perverse a le visage du diable» et «Les sots sont parfois sages».

Véritables instruments de propagande, les médailles satiriques, en particulier celles présentant des motifs de têtes doubles, furent largement employées dans le contexte des conflits religieux au 16e siècle. En effet, on en connaît plusieurs variantes et nombreuses sont celles qui nous sont parvenues.

        Samantha Reichenbach
 


 

Octobre

 

Pierre Escuyer, L’intérieur du temple de la Madeleine, Genève, 1822. © Musée historique de la Réformation, Genève. Exposé au MIR, Genève.

Voici une gravure donnant à voir un pasteur prêchant devant la foule, à l'intérieur du temple de la Madeleine à Genève. L’église, dont l’architecture remonte au 15e siècle, devint un temple protestant au moment de la Réforme. Calvin et Farel, notamment, y prêchèrent.

Cette représentation provient d’un ouvrage réalisé par le graveur genevois Pierre Escuyer (1749-1834). Il s’agit de l’Atlas pittoresque, ou collection des vues les plus intéressantes de cette ville, qui fut édité à Genève en 1822 et qui contient, entre autres, des vues de l’intérieur du temple de Saint-Gervais, de Saint-Pierre ou encore de la Fusterie.

       Samantha Reichenbach, conservatrice

Emplacement : MIR, Salle de la Bible.


 

Novembre

 

François DIODATI (1647-1690), d’après Hendrick GOLTZIUS (1558-1617), Portrait de Saint-Pierre l’apôtre, [Genève], 17e siècle. © MIR, Genève.

Hendrick GOLTZIUS (1558-1617), Saint-Pierre, 1589. Metropolitan Museum of Art, New York, legs Phyllis Massar (2011).

 

Récemment, le MIR a intégré dans sa collection une estampe particulièrement intéressante. Cette gravure donne à voir l’apôtre Pierre, les mains jointes en prière à proximité d’un livre et de deux clefs, ses attributs. Au bas de l’image, on peut lire en latin la première phrase du Symbole des Apôtres: «Je crois en Dieu le Père tout-puissant, créateur du ciel et de la terre». 

L’œuvre porte, à droite sous le texte, la signature du graveur genevois François Diodati (1647-1690). Il s’agit de la réplique d’une gravure du fameux artiste néerlandais Hendrick Goltzius (1558-1617). Ce dernier réalisa en 1589 une série de gravures des douze apôtres, accompagnés de leurs attributs et d’une phrase du Symbole des Apôtres, qui devint source d’inspiration pour nombre d’artistes.

Samantha Reichenbach, conservatrice


 

Décembre

 

Martin Luther, Ecrits. Première partie, Iéna, 1560. © MIR, Genève.

Le MIR compte dans sa collection cet intéressant ouvrage, première partie d’une édition en huit volumes des œuvres complètes de Martin Luther (1483-1546), publiée en 1560 chez l’imprimeur Donat Richtzenhain († 1606) à Iéna en Allemagne. Ce tome inclut les livres et écrits que le réformateur publia entre 1517 et 1522.

L’exemplaire qui peut être admiré au MIR comporte plusieurs annotations manuscrites. Sur la page de titre aux encres rouge et noire, une gravure donne à voir Frédéric le Sage (1463-1525), Prince-Électeur de Saxe et protecteur de Luther, ainsi que ce dernier, agenouillés de chaque côté du Christ crucifié.

       Samantha Reichenbach, conservatrice

Emplacement: MIR, Salle de la Bible.