Inauguration du grand Musée du Dôme de Milan, Novembre 2013

La contribution de la Réforme à la formation de l’identité européenne

Lorsque le nonce du pape, Jérôme Aléandre, arrive à Worms, fin janvier 1521, pour participer à l’assemblée extraordinaire des prince-électeurs et du conseil des villes d’empire – cette diète convoquée par Charles Quint dans la foulée de son élection à la tête du Saint-Empire —, il est ébahi par cette ville qui se donne littéralement en spectacle : le jeûne n’est plus respecté, la prostitution prospère, les gens s’enivrent de mauvais vin et on se bat à tel point en duel que l’on compte trois à quatre morts par jour !

Mais davantage que ce théâtre infernal, ce qui épouvante Jérôme Aléandre, c’est ce qu’il condense dans cette lettre du 8 février 1521 : «Neuf dixièmes des Allemands ont comme cri de guerre : Vive Luther ; le dernier dixième hurle : Mort à la cour de Rome!».
Incontestablement le docteur de Wittenberg a fait l’unanimité autour de lui: en tous les cas pour quelques années, le peuple allemand et son désormais porte-parole s’exprimeront d’une seule voix.

Bien sûr, c’est en marge de cette Diète de Worms que Luther sera entendu par la cour et que son insoumission entraînera sa mise à l’écart – c’est d’ailleurs le même nonce Aléandre qui lira l’acte de la condamnation, en avril 1521 –, mais la Réforme était en marche et elle allait changer, une fois de plus, le visage de l’Europe.

En effet, après la perte du Monde Ancien avec Byzance, après la découverte du Nouveau Monde en 1492, après le changement scientifique majeur de la révolution copernicienne et avant le siècle des révolutions qui vont, elles, changer définitivement le monde, la Réforme introduit une réelle coupure, une franche cassure dans l’identité européenne en train de se faire.

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