Le MIR s’interroge

Il y a cinq-cents ans, à Bâle…

1. Erasme, Novum Instrumentum omne (frontispice), Bâle, Johann Froben, 1516. Bâle, Bibliothèque universitaire, inv. BibG B 3.
2. Erasme, Novum Instrumentum omne (première page de l'Evangile de Matthieu), Bâle, Johann Froben, 1516. Bâle, Bibliothèque universitaire, inv. BibG B 3.

En juillet 1515, Erasme (1466 ?-1536) se rend à Bâle afin d’entamer son projet d’édition du Nouveau Testament en grec. Pour ce faire, il se sert de manuscrits grecs conservés à la bibliothèque des Dominicains de Bâle et de quelques passages de la Vulgate qu’il traduit lui-même. Dans sa tâche, il est assisté par Oecolampade (1482-1531), future figure bâloise de la Réforme.

Apparemment, le travail est exécuté de manière rapide ; en effet, en octobre de la même année, l’impression commence. Le 1er mars 1516, elle est terminée: Erasme publie, auprès du fameux éditeur bâlois Johann Froben (v. 1460-1527), son édition du Nouveau Testament – le Nouum Instrumentum omne. Il s’agit d’une édition bilingue: à gauche, le texte grec; à droite, une traduction latine basée sur la Vulgate. Le texte, auquel s’ajoutent des «Annotations» d’Erasme, va connaître plusieurs éditions successives.

La seconde paraît en 1519, sous le titre plus usuel de Nouum Testamentum omne. Les «Annotations» sont augmentées et le texte latin est remplacé par une traduction basée sur le texte grec, dans un souci d’être le plus fidèle possible aux écrits d’origine. Cette édition servira à Martin Luther (1483-1546) pour sa propre traduction en allemand du Nouveau Testament – le «Testament de septembre», paru en septembre 1522 à Wittenberg.

La troisième édition, parue en 1522, sera vraisemblablement utilisée par William Tyndale (1494-1536) pour la première traduction en anglais du Nouveau Testament, publiée à Worms en 1526. Robert Estienne (1503-1559), pour son Nouveau Testament en grec, ainsi que les auteurs des traductions anglaises de la Geneva Bible (1560) et de la King James (1611), se baseront également sur cette version.

En leur servant de base, l’importante édition d’Erasme ouvre donc la voie à la plupart des traductions du Nouveau Testament entre le 16e et le 19e siècle.

Pour commémorer les cinq-cents ans de sa première publication en 1516, les institutions culturelles de la ville de Bâle se sont rassemblées en un grand projet, «Erasmus MMXVI», qui comprendra plusieurs manifestations durant l’année 2016. Le Musée historique de Bâle, notamment, présentera l’exposition «Schrift als Sprengstoff» («L’écriture comme explosif») de mai à septembre. De juin à novembre, la Bibliothèque universitaire proposera un éclairage sur l’édition de 1516, dans la Cathédrale de Bâle. Le Musée d’histoire de la pharmacie se concentrera, de mai à septembre, sur l’atelier d’imprimerie de Johann Froben. Enfin, de septembre à janvier 2017, le Kunstmuseum proposera une exposition consacrée à l’image du Christ telle qu’elle marqua Erasme et son temps.

Samantha Reichenbach, conservatrice