Objet février 2018

Jean-Baptiste Delafosse (1721-1806) d’après Carmontelle (1717-1806)La malheureuse famille Calas, 1765. © Musée historique de la Réformation, Genève. Exposé au MIR, Genève.

Voici une gravure représentant « la malheureuse famille Calas », dont les membres furent l’objet d’une triste affaire judiciaire entre 1761 et 1765, en France, dans les temps qui suivirent la révocation de l’Édit de Nantes.

Les faits se déroulèrent à Toulouse où, le 13 octobre 1761, Marc-Antoine Calas, le fils aîné, fut trouvé mort, pendu à une porte du domicile familial. Au moment de la découverte, les Calas craignirent le traitement réservé aux suicidés qui consistait, entre autres, à traîner face contre terre le cadavre et à le jeter aux ordures – durant tout l’Ancien Régime, le suicide fut considéré comme un crime à la fois contre l’individu, la société et Dieu. Ils allongèrent donc le corps du défunt et s’accordèrent à taire les circonstances du décès.

Le père, Jean Calas, un protestant marchand d’indiennes, fut rapidement accusé d’avoir tué son fils dans le but de l’empêcher de se convertir au catholicisme – Marc-Antoine Calas avait souhaité faire des études de droit, et ces dernières étaient alors interdites aux réformés. Condamné à mort par le parlement de Toulouse, en mars 1762, Jean Calas fut roué vif, étranglé puis brûlé.

L’affaire fut rendue célèbre par l’intervention de Voltaire qui, convaincu de l’innocence de Calas, mobilisa l’opinion publique et s’engagea dans une lutte pour la révision du procès, notamment par la publication de son fameux Traité sur la tolérance, à l’occasion de la mort de Jean Calas (1763).

Dans l’attente d’un nouveau jugement, les Calas durent se constituer prisonniers à Paris en février 1765. C’est à ce moment que le peintre Carmontelle (1717-1806), sensible à leur cause, fit un dessin représentant, dans la prison de la Conciergerie, la mère Calas, les deux filles avec leur servante Jeanne Viguière, l’un des fils et son ami Lavaysse. Jean-Baptiste Delafosse (1721-1806) tira de ce dessin une gravure, dont les exemplaires furent vendus afin de récolter des fonds pour la famille. Voltaire en acheta plusieurs.

Jean Calas fut finalement réhabilité le 9 mars 1765 et la famille lavée de toute accusation. Peu de temps après, en 1770, deux des fils de Jean Calas obtinrent la bourgeoisie de Genève.

Samantha Reichenbach, conservatrice

 

Emplacement : MIR, salle du Refuge et de la Révocation