2017

Objets du mois 2017

Janvier

 

Jean Calvin (1509-1564), Lettre à Guillaume Farel, Strasbourg,
14 juillet 1545. © Musée historique de la Réformation, Genève,
exposé au MIR, Genève.

Parmi nombre de documents exceptionnels, le MIR présente cette importante lettre de la main de Calvin, écrite en latin à Guillaume Farel, le 14 juillet 1545 depuis Strasbourg. L’auteur y sollicite Farel : afin d’être un peu déchargé et de trouver le temps d’écrire, il lui demande d’accepter de passer au service de l’Église de Genève. Il mentionne ensuite une intervention faite à Berne en faveur des Vaudois de Provences, ces derniers ayant été poursuivis et persécutés à Mérindol et Cabrières en avril de la même année. Enfin, Calvin évoque l’achat d’un manteau de soie destiné au frère de Farel. Dans le post-scriptum, il évoque encore la préparation d’un réquisitoire contre Pierre Caroli (1480 – après 1545). Ce dernier a accusé Farel et Calvin d’arianisme et les a attaqués dans un ouvrage récemment publié. C’est en août 1545 que Calvin répondra à cette attaque dans une « Défense de Farel et de ses collègues contre les calomnies de Pierre Caroli ».

 

Samantha Reichenbach, conservatrice

 

Emplacement : MIR, Salle de Calvin et Genève


 

Février

 

Jan Luyken, Histoire de l’hérésie des iconoclastes, Amsterdam, 1685 ( ?). © MIR Genève.

Le MIR possède cette gravure donnant à voir une scène d'iconoclasme devant une église. Armés de marteaux, des individus frappent et détruisent des statues de saints. Au centre, un groupe d'hommes tente de faire tomber, au moyen d’une corde, une grande statue de saint qui tient en main une épée. À l'arrière-plan, on aperçoit une autre église et d’autres personnages qui transportent des objets de culte vers un bûcher.

Son auteur, le peintre et graveur néerlandais Jan Luyken (1649-1712), a réalisé cette représentation pour le frontispice d’un ouvrage de Louis Maimbourg (1610-1686) intitulé Historie van de Kettery der Beeldstormers (« Histoire de l'hérésie des iconoclastes »), publié en 1685 à Amsterdam chez Timotheus ten Hoorn.

 

                                                             Samantha Reichenbach, Conservatrice


 

Mars

 

Albert ANKER (1831-1910), Portrait de Calvin, 1859. © Musée historique de la Réformation, Genève. Exposé au MIR, Genève.

Dans une salle du MIR, le public peut admirer cette représentation de Calvin. Il s’agit d’une œuvre de jeunesse, réalisée par le célèbre peintre suisse Albert Anker (1831-1910), connu surtout pour ses scènes de genre.

En 1854, Anker abandonna ses études de théologie pour se consacrer à l’art. C’est en 1859 qu’il peignit ce portrait dont il avait reçu la commande. Pour ce faire, le peintre s’inspira librement de plusieurs éléments caractéristiques de l’iconographie calvinienne. On reconnaît, en effet, la figure amaigrie du réformateur, son long nez, sa barbe, le bonnet qui recouvre sa tête, l’habit sombre qu’il revêt, la Bible qu’il tient sous le bras et son geste de la main.

Samantha Reichenbach, conservatrice

 

Emplacement : MIR, salle du XIXe siècle rez.


 

Avril

 

Jost Amman (1539-1591), Portrait de Gaspard de Coligny, Nuremberg, 1573. ©Musée historique de la Réformation (MHR), Genève. Exposé au MIR, Genève.

Parmi les trésors du MIR, voici une gravure donnant à voir le portrait de l’amiral Gaspard de Coligny (1519-1572), chef de file protestant au cours des guerres de religion dans la France du XVIe siècle. Ce dernier fut blessé par balle, victime d’un attentat le 22 août 1572. Convalescent, il fut tiré de son lit, achevé puis défenestré le 24 août 1572, lors du massacre de la Saint-Barthélemy, au cours duquel périt un grand nombre de protestants. Sous le portrait de l’amiral, le déroulement de cet assassinat est représenté en bandeau, de la gauche vers la droite.

Cette estampe, réalisée quelque temps après ces terribles événements, est l’œuvre de Jost Amman (1539-1591), un artiste d’origine zurichoise établi à Nuremberg. De même qu’Albrecht Dürer, Amman fut l’un des graveurs les plus éminents de son temps en Allemagne. On lui connaît une vaste activité d’illustrateur : des textes littéraires, des traités sur l’art et encore, notamment, des ouvrages à caractère religieux, historique ou juridique. 

 

Samantha Reichenbach, conservatrice

 

Emplacement : MIR, salle Barbier-Mueller.


 

Mai

 

Amédée Varin (grav.), Karl Girardet (peint.), Assemblée de protestants surprise par des troupes catholiques, Paris, 19e siècle. © MIR, Genève.

Karl Girardet, Assemblée de protestants surprise par des troupes catholiques, Paris, 1842. © Musée du Désert, Mialet.

En 1685, par l’Édit de Fontainebleau, Louis XIV révoqua l’Édit de Nantes (1598) qui avait octroyé dans le royaume français une certaine liberté de culte aux protestants. Ces derniers, dans la période qui suivit cette révocation, furent à nouveau l’objet de persécutions ou encore de conversions forcées. Certains d’entre eux continuèrent à pratiquer leur culte dans la clandestinité, s’exposant au risque de terribles châtiments.

Cette œuvre de la collection du MIR représente une scène dramatique : cachée dans une grotte, une assemblée de protestants est surprise par des troupes catholiques. Au premier plan se trouvent des femmes et des enfants, dont on perçoit le désespoir. À gauche, un pasteur est empoigné par des soldats. On peut aisément imaginer le sort qui les attend.

Réalisée au 19e siècle par le graveur Amédée Varin (1818-1883), cette estampe reproduit un célèbre tableau, l’Assemblée de protestants surprise par des troupes catholiques, de la main du peintre d’histoire Karl Girardet (1813-1871). Ce dernier, originaire du Locle dans le canton de Neuchâtel, reçut pour cette peinture une médaille au Salon de Paris en 1842.

 

                                                  Samantha Reichenbach,  conservatrice


 

Juin

 

Teston du règne de Charles IX, Toulouse, 1564. © MIR, Genève.

Le MIR compte, dans sa collection, une belle série de monnaies frappées sous les rois de France du XVIe siècle.

Voici un teston d’argent frappé à Toulouse en 1564, sous Charles IX, qui régna de 1560 à 1574. L’avers donne à voir le profil du jeune roi. Au-dessus, on lit une inscription en latin qui signifie « Charles IX, roi des Francs par la grâce de Dieu » – jusqu’au XVIIe siècle, des monnaies et médailles royales reprirent le titre de « roi des Francs » dans leur titulature latine.

Au revers, on reconnaît le blason du royaume de France : l’écu aux trois lys, surmonté d’une couronne. Le pourtour donne à lire une inscription latine signifiant « Béni soit le nom du Seigneur », suivie de la date de 1564 et précédée de la lettre R, indiquant le nom du maître d’atelier Pierre Raffin, tailleur de la monnaie de Toulouse.

Créé en France sous Louis XII (1462-1515), sur le modèle italien, le teston était une monnaie lourde et épaisse d’argent. Son cours varia au cours de la période durant laquelle il fut en usage ; sous Charles IX, il atteignit la valeur de quatorze sous. Le teston avait pour spécificité de représenter le portrait royal, d’où son nom. En effet, à Milan, comme les pièces de ce type donnaient à voir le portrait du duc, elles prirent le nom de testone (de testa, qui signifie « tête » en italien ». Dans le royaume français, cette appellation fut francisée et cette monnaie prit le nom de teston.

 

                                                      Samantha Reichenbach, conservatrice

 

Emplacement : MIR, Salle Barbier-Mueller


 

Juillet

 

J.Tortorel et J.Perrissin, La joute fatale d’Henri II, 1569-1570. © MIR, Genève.

Voici, parmi les joyaux du MIR, cette gravure qui représente la joute fatale du roi de France Henri II, le 30 juin 1559, où ce dernier fut blessé à mort.

Henri II, second fils de François Ier, régna de la mort de ce dernier jusqu’à la sienne le 10 juillet 1559. Son règne, sous lequel le protestantisme connut un grand essor, fut marqué par une répression rigoureuse à l’encontre des protestants.

À l’occasion des noces doubles d’Elisabeth de France (fille d’Henri II) avec Philippe II d’Espagne d’une part, et de Marguerite de France (sœur d’Henri II) avec le duc de Savoie, un tournoi fut organisé le 30 juin 1559 dans la grande rue Saint-Antoine à Paris. Au cours de la joute, le roi fut grièvement blessé à l’œil, d’un coup de lance accidentel donné par Gabriel de Lorges, comte de Montgommery – le capitaine de sa garde d’élite. Malgré les soins de chirurgiens renommés, dont le célèbre Ambroise Paré, Henri II mourut de ses blessures dix jours après.

Cette gravure fut réalisée par les artistes Jean Perrissin et Jacques Tortorel à la demande de l'imprimeur genevois Jean de Laon, qui intégra leurs œuvres à un ouvrage intitulé Histoires diverses qui sont mémorables touchant les guerres, massacres, et troubles advenus en France en ces dernières années. Publié vers 1570, ce recueil avait pour vocation d’illustrer les événements de la décennie écoulée, d'après le récit de témoins. Il constitue un document de première importance pour la période.

Samantha Reichenbach, conservatrice

 

Emplacement : MIR, salle Barbier-Mueller


 

Août

 

Anonyme, Vues de la Maison Mallet, fin 19e-début 20e siècle.

Ces photographies, réalisées par un anonyme entre la fin du 19e et le début du 20e siècle, donnent à voir la façade de la Maison Mallet à Genève.

Sur la première image, on reconnaît l’escalier qui donne sur la cour Saint-Pierre. Un petit garçon est assis sur les marches. À l’intérieur de la demeure, derrière la grande porte vitrée, des enfants et des femmes guignent le photographe. La seconde image présente un détail de la même façade, à l’angle de la cour Saint-Pierre et de la rue du Cloître. Deux enfants sont adossés au mur de la bâtisse.

Le banquier Gédéon Mallet, dont la famille, originaire de Rouen, s’était réfugiée à Genève au 16e siècle pour cause de religion, fit ériger la Maison Mallet entre 1721 et 1725, sur les ruines de l’ancien cloître de Saint-Pierre – là précisément où les Genevois, le 21 mai 1536, avaient choisi d’adopter la Réforme. L’architecte de ce splendide hôtel particulier fut le Rouennais Jean-François Blondel. Adaptée et modifiée plusieurs fois au gré des propriétaires qui s’y succédèrent, jusqu’à l’Église protestante de Genève qui en fit l’acquisition en 1946, la demeure ne perdit rien de son charme d’origine.  

Lieu hautement symbolique pour l’histoire du protestantisme, la Maison Mallet abrite désormais, depuis 2005, le Musée international de la Réforme.

                     Samantha Reichenbach, conservatrice


 

Septembre

 

Jacques Tortorel (actif 1568-1592), Jean Perrissin (avant 1546-1617), Le massacre de Wassy, 1569-1570. © MIR, Genève.
 
Voici une gravure donnant à voir une représentation du massacre de Wassy. Cet événement, survenu le 1er mars 1562, déclencha la première de la longue série de guerres de religion dans la France du 16e siècle.
 
Il faut, pour bien comprendre les faits, remonter à un édit qui fut signé en janvier de la même année. Cet Édit de janvier 1562, signé par le jeune roi Charles IX – âgé de douze ans – et préparé par sa mère Catherine de Médicis, avait pour but d’apaiser les querelles entre catholiques et protestants. Les protestants s’y voyaient autorisés à pratiquer leur culte à l’extérieur des villes fortifiées et à tenir des assemblées dans les maisons privées à l’intérieur de ces mêmes villes. En contrepartie, ils devaient rendre les lieux de culte dont ils s’étaient emparés par le passé – ce que nombre d’entre eux refusèrent de faire. 
 
Le 1er mars 1562, le duc François de Guise, fervent catholique très hostile aux protestants, passa sur ses propres terres à Wassy, en Champagne, et apprit qu’une assemblée de protestants se tenait dans une grange, à l’intérieur de la ville close – et donc dans des conditions contraires à l’Édit de janvier. 
 
Il envoya des troupes sur place, qui surprirent deux-cents protestants rassemblés pour un prêche dans cette grange. Les hommes de Guise furent reçus de sorte que la situation dégénéra rapidement, les provocations faisant place à des jets de pierres et d’insulte. L’assaut fut donné sur la grange. Du côté des protestants, on dénombra une cinquantaine de morts et plus d’une centaine de blessés. 
 
L’émotion fut grande dans le royaume, à la nouvelle de ce massacre. L’implication personnelle de François de Guise, grand ennemi des protestants, accrut la rancœur de ces derniers.
 
Cette estampe fait partie d’une série réalisée par les artistes Jacques Tortorel et Jean Perrissin, à la demande d’un imprimeur genevois, Jean de Laon, pour illustrer un recueil publié vers 1570 : Histoires diverses qui sont mémorables touchant les guerres, massacres, et troubles advenus en France en ces dernières années. Cet ouvrage, un document exceptionnel pour la période, montrait les représentations d’événements de la dernière décennie, selon le récit de témoins directs. 
 
Samantha Reichenbach, conservatrice
 
Emplacement : MIR, Salle Barbier-Mueller.

 

Octobre

 

Nicolaes de Clerk, Portrait de Jeanne d’Albret, 17e siècle.
© MIR, Genève

Dans la salle consacrée aux guerres de religion dans la France du 16e siècle, on peut admirer ce portrait de Jeanne d’Albret (1528-1572), reine de Navarre dès 1555 et mère d’Henri de Navarre, futur roi de France Henri IV. 
 
Convertie au protestantisme en 1560, année où Théodore de Bèze avait été invité à la cour de Navarre, elle fut une fervente calviniste et implanta énergiquement la Réforme en ses terres. En 1572, elle négocia longuement l’union de son fils Henri avec Marguerite de France, fille de Catherine de Médicis et sœur du roi de France Charles IX. Ce mariage politique d’un protestant et d’une catholique devait encourager la pacification entre catholiques et protestants dans le royaume de France. Jeanne d’Albret mourut peu avant les noces qui se tinrent le 18 août 1572 à Paris, et suite auxquelles se déroula le massacre de la Saint-Barthélemy.
 
Cette gravure sur cuivre fut réalisée par Nicolaes de Clerck, un graveur et éditeur néerlandais qui vécut à Delft de 1593 à 1621 et collabora avec des artistes de renom tels le peintre et graveur Jacob de Gheyn II et son fils Jacob de Gheyn III. 
 
 
Samantha Reichenbach, conservatrice
 
 
Emplacement : Salle Barbier-Mueller.

 

Novembre

 

Hans Rudolf Manuel Deutsch, Vue de Genève, 1548.
© MIR, Genève
 
Voici une belle gravure coloriée, représentant une vue de Genève, prise depuis le nord-est, au-dessus de l’actuel quartier des Eaux-Vives. Dans le médaillon aux armes de la ville, on peut lire la date de 1548. 
 
Il s’agit d’une œuvre de jeunesse de l’artiste Hans Rudolf Manuel Deutsch (1525-1571). Le père de ce dernier, le peintre, poète et politicien bernois Niklaus Manuel Deutsch (1484-1530), participa activement à l’implantation de la Réforme dans la ville de Berne.
 
Cette première vue gravée « authentique » de Genève parut pour la première fois dans la Cosmographia universalis de Sebastian Münster. Ce fameux ouvrage, publié à Bâle en 1550, offrait à son lecteur une description du monde à travers de splendides illustrations réalisées par des artistes de renom, dont Holbein le Jeune, et fut réimprimé de nombreuses fois jusque dans la première moitié du 17e siècle. 
 
 
Samantha Reichenbach, conservatrice
 
 
Emplacement : MIR, Salle de Genève et Calvin

 

Décembre

 

Jan Luyken (1649-1712),« Adam nomme les animaux », illustration tiré des Histoires les plus remarquables de l’Ancien et du Nouveau Testament, Amsterdam, Jean Covens & Corneille Mortier, 1732.
© MIR, Genève
 

Voici une illustration tirée d’un splendide ouvrage que le MIR compte dans sa collection : les Histoires les plus remarquables de l’Ancien et du Nouveau Testament, publiées à Amsterdam chez Jean Covens et Corneille Mortier en 1732.

Intitulée Adam nomme les animaux, cette gravure sur cuivre décrit un épisode de la Genèse (2 :19-20), où il est écrit que Dieu, au sixième jour de la Création, fit venir les animaux à Adam afin que ce dernier leur donne un nom.

L’auteur des gravures est le poète, peintre et graveur-illustrateur amstellodamois Jan Luyken (1649-1712). Tant graphique que littéraire, l’œuvre de cet artiste célèbre eut un large écho. Ses livres illustrés, notamment, connurent de nombreuses réimpressions qui témoignent de leur succès.

 
 
Samantha Reichenbach, conservatrice
 
 
Emplacement : MIR, Salle de Genève et Calvin