Interview d'Angèle Laissue

Angèle Laissue (Courgenay, 1977), explore par la photographie des curiosités culturelles au caractère discutable. Elle a exposé les résultats de ses recherches notamment au Centre de la photographie et au Centre d'art contemporain à Genève, à la Villa du Parc à Annemasse ou au Centre photographique d'Île­de­France. Elle a été lauréate de la bourse pour une résidence d'artiste d'artiste à New York en 2013 et à Paris en 2010 et 2011.

Quelle démarche vous a conduit à réaliser ce travail photographique sur les lieux de culte?

Mon travail artistique est avant tout articulé à partir d'une notion élargie de la culture visuelle. Dans ce sens, je me suis plusieurs fois intéressée aux religions et à ce qui s'y apparente dans la mesure ou celles-ci sont iconophiles, où elles produisent des images. Je me suis penchée par exemple sur des micro courants religieux et ésotériques (théorie des anciens astronautes, créationnisme), sur les cimetières en tant que lieu d'exposition de la photographie ou encore, sur une sainte égyptienne patronne de l'adultère et de la prostitution. David Lemaire m'a ensuite invitée à concevoir une oeuvre pensée à partir la collection du MIR.

Quelles sont, pour vous, les qualités spécifiques du médium photographique par rapport aux autres outils de l’art?


J'ai choisi la photographie comme médium privilégié (mais pas unique) car celui-ci me permettait à la fois d'explorer et de rendre compte de faits culturels collectifs. Lorsque j'ai commencé mes études en école d'art, je me suis assez vite méfiée d'une certaine façon qu'avait l'histoire de fabriquer des génies pouvant fonctionner comme des modèles. J'avais envie d'« ethnographier » (sans le trahir) ce que je percevais alors comme appartenant à la culture « populaire » (telle qu'elle est généralement appelée) et c'est pourquoi j'ai commencé à travailler avec la photographie.

Que représente pour vous le mot Réforme?

A vrai dire, ce n'est pas un mot qui fait partie de mon vocabulaire courant et il évoque des épisodes historiques que je connais plutôt par survol. La gravure d'une assemblée du désert que j'ai pu observer au MIR et à partir de laquelle j'ai développé cette petite recherche a retenu mon attention certainement pour l'imaginaire qui est lié aux assemblées secrètes et peut-être aussi parce que j'y percevais une forme de résistance.


En quelques mots, comment définiriez-vous Genève?

Parce que j'y habite, je perçois Genève, comme un village au sein duquel j'aime croiser, au hasard des rencontres, des amis et connaissances, artistes et musiciens, habitants ou gens de passage. C'est un village où l'offre culturelle et le potentiel de rencontre sont riches et surtout très variés. Et puis, il est tout particulièrement agréable et rafraîchissant de s'y baigner à la belle saison.