Interview de Christof Klute

Portrait: Christof Klute est né à Münster en 1966. Après un cursus universitaire en théologie puis philosophie aux universités de Münster et Cologne, il entre à la Kustakademie de Düsseldorf, dans la classe de Bernd Becher, puis de Thomas Ruff. Depuis 2002, il mène un travail photographique qui revisite les utopies de la modernité en architecture ou enquête sur les lieux marqués par de grands philosophes. Il vit et travaille à Cologne.

Quelle démarche vous a conduit à réaliser ce travail photographique sur les lieux de culte?
Comment photographier des idées? Il me semble que cette question m’accompagne depuis toujours ; elle pourrait servir de titre à mon œuvre. Les idées n’ont pas de réalité objective, mais elles existent bel et bien dans notre esprit. Lorsqu’on prend une photo, il faut chercher un lien entre le monde des idées et le monde réel. Les idées se manifestent dans la réalité à des endroits particuliers, que j’essaie d’identifier.

C’est cela qui explique l’intérêt que je porte à certains lieux : des paysages qui ont vu naître des manuscrits importants, écrits par des philosophes tels que Spinoza, Rousseau ou Wittgenstein, mais encore des lieux de spiritualité, des églises et des monastères, par exemple. L’architecture peut elle aussi représenter des idées. L’architecture contemporaine, en particulier, reflète la possibilité de la cohabitation humaine. Dans ce contexte, j’ai réalisé une série de photos sur Le Corbusier, Terragni, Niemeyer et d’autres.

Quelles sont, pour vous, les qualités spécifiques du médium photographique par rapport aux autres outils de l’art?
Je crois qu’il existe un lien ontologique entre le lieu et l’image photographique. Mon travail en tant qu’artiste consiste pour ainsi dire à en chercher la trace.

Chacun de mes projets autour d’un lieu, d’un bâtiment ou d’un paysage qui sont en lien avec une idée particulière commence par une phase d’exploration. Je visite le site à plusieurs reprises, je m’y promène, j’y séjourne, jusqu’à ce que je ressente le "génie du lieu" - son aura, si vous préférez. Pour cela, je l’observe sous plusieurs éclairages, je me concentre sur les détails et j’essaie plusieurs points de vue. Je recherche une certaine poésie de l’espace et de la lumière.

Que représente pour vous le mot Réforme?
Avant de m’inscrire aux beaux-arts, j’ai étudié la théologie et la philosophie. Aujourd’hui encore, je pense être plutôt un adepte de l’idéalisme que du matérialisme. Pour moi, la Réforme est un des plus importants mouvements historiques, car elle démontre que les idées peuvent changer le monde. La Réforme s’inscrit dans l’éveil religieux qui accompagna la Renaissance.

En quelques mots, comment définiriez-vous Genève?
Genève est tout d’abord une très belle ville. J’aime les villes qui ont un lien avec l’eau. J’aime cette ouverture large sur l’horizon. Par ailleurs, deux penseurs que j’admire y ont vécu : Jean-Jacques Rousseau et Jean Piaget. Ils ont changé l’idée qu’on se faisait de l’éducation à leurs époques respectives. J’aime particulièrement la vision romantique de la nature chez Rousseau, à qui j’ai d’ailleurs consacré une série de photos autour du lac de Bienne.