Interview de Cyril Porchet

Portrait: Cyril Porchet, né à Genève en 1984, il commence des études de photographie en 2005, il obtient en 2009 un Bachelor en communication visuelle / photographie, suivi d’un master en direction artistique en 2011 tous deux réalisés à l’école cantonale d’art et de design de Lausanne (ECAL). Son travail a été exposé dans différents musées et galeries, entre autre à la maison européenne de la photographie (MEP) Paris et au Museum für Gestaltung, Zurich. Les œuvres de Cyril Porchet sont conservées dans plusieurs collections, parmi lesquelles on peut compter la collection privée du célèbre marchand d’art et collectionneur Larry Gagosian. Cyril Porchet vit et travaille à Lausanne en Suisse.

Quelle démarche vous a conduit à réaliser ce travail photographique sur les lieux de culte? 
Pour ce travail, j’ai photographié de manière frontale et systématique le chœur de dix églises baroques en Allemagne, en Espagne et en Autriche. J’ai sélectionné ces églises en fonction de leur exubérance ainsi que de l’arrangement et du niveau de saturation, de leur ornementation composée d’éléments décoratifs, figuratifs et symboliques.

J’ai photographié ces lieux culturels afin de produire un effet de saturation visuelle ou les débauches de splendeurs conspirent à étourdir les sens ce qui donne au premier regard un effet qui tend vers l’abstrait où le spectateur perd dans un premier temps ses repères et par la suite en dégage instinctivement les différents éléments concrets qui composent le tout.  L’aplat optique produit par la caméra ressemble et référence la technique du trompe l’œil souvent utilisé dans ce type d’architecture.
Le but de cette approche est de montrer de manière analytique l’exubérance et les excès du baroque comme ellipse critique du caractère spectatoriel de notre société contemporaine. J’entends par là avoir un œil critique sur l’accumulation de spectacles dans la culture actuelle de notre société.

Je pense que le monde est dans une permanente représentation, les désirs sont canalisés en images et la réalité est de ce fait falsifiée et donc le faux paraît vrai et le vrai paraît faux.

Des historiens ont mis en avant l’idée que le style baroque s’est développé à une époque où l’église catholique réagissait face à une nouvelle science et de nouvelles formes de religions. On dit que le baroque monumental était un style que la papauté pouvait instrumentaliser, comme le firent les monarchies absolues. Le baroque aurait donc servi une volonté catholique de (re)conquête des âmes. De ce fait en choisissant des églises baroques comme métaphore du spectacle, mes images fonctionnent aussi comme un rappel historique de la fonction des images comme outil très puissant de communication, de manipulation voire de propagande.

Quelles sont, pour vous, les qualités spécifiques du médium photographique par rapport aux autres outils de l’art?
Click clack Kodak.

Que représente pour vous le mot Réforme?
Tout dépend le contexte dans lequel le mot est employé. Mais comme à mon avis c'est le cas pour la grande majorité des gens il désigne la réforme protestante. Ce que je résumerais à un changement de la vision religieuse, où l'on dénonce la corruption liée à l'autorité papale.

En quelques mots, comment définiriez-vous Genève?
Etant né et ayant vécu à Genève (Onex) jusqu’à l'âge de sept ans et vivant maintenant à Lausanne, je dirais que Genève est la grande soeur cosmopolite un peu prétentieuse de Lausanne la "campagnarde" maladroite.