Objet mai 2018

Bernard Picart (1673-1733), Tableau des principales religions du monde, Amsterdam, 1727. © Musée historique de la Réformation, Genève. Exposé au MIR, Genève.

Cette gravure, exposée dans une salle du MIR, est l’œuvre de Bernard Picart (1673-1733), célèbre graveur et dessinateur né à Paris, passé au protestantisme et réfugié vers 1710 à Amsterdam, pour cause de religion.

Au premier plan, l’islam : près d’un chameau, des hommes sont assis autour du calife Ali tandis que ce dernier, debout, leur explique le Coran. Les hommes brûlant dans les flammes, non loin, pourraient faire allusion à l’attitude qu’eut l’Europe chrétienne envers la religion musulmane.

Au second plan de l’image, la chrétienté est personnifiée devant un arbre. Elle tient une bible ouverte qu’un franciscain tente de refermer en désignant un autre livre, Conciles et traditions, près duquel se tient la personnification de l’Eglise romaine, coiffée d’une tiare papale, entourée de membres du clergé catholique et piétinant un rabbin. À côté de ce dernier, un patriarche grec fait signe de révérence à l’Eglise de Rome. À gauche de la chrétienté, la Réforme est une jeune femme qui indique du doigt le texte de la Bible et débarrasse l’arbre de ses branches inutiles. Derrière elle, on reconnaît, parmi les réformateurs, Luther et Calvin.

Le dernier plan donne à voir les cérémonies et cultes d’Inde, de Chine et des Amériques, ainsi que des idoles du peuple lapon.

Dans ce Tableau des principales religions du monde, les religions sont rassemblées dans un esprit pacifique et d’égalité. Il s’agit du frontispice du recueil que Picart réalisa en collaboration avec l’éditeur Jean Frédéric Bernard (1683 ?-1744), protestant français lui aussi réfugié à Amsterdam : les Cérémonies et coutumes religieuses de tous les peuples du monde, dont les volumes de la première édition furent publiés entre 1723 et 1737.

L’ouvrage, qui connut un très grand succès, réunissait pour la première fois toutes les connaissances d’alors sur les religions du monde, sans hiérarchie. Le public a en ce moment l’occasion de le découvrir, dans l’exposition temporaire Figures insolites du 18e (jusqu’au 19 août 2018) !

Samantha Reichenbach, conservatrice