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La Balance

Cette caricature calviniste contre l’Eglise romaine, l’une des plus fameuses, répond parfaitement au principe qui veut que l’image parle à tous, surtout à ceux qui ne maîtrisent pas la lecture, et que le sens s’impose à chacun indépendamment du texte. L’exemple est tout à fait probant ici, le texte étant en hollandais. Nous n’en comprenons pas moins ce qui se joue: le triomphe de la Parole de Dieu (et des réformateurs qui la prônent) sur l’Eglise catholique et ses pompes.

Deux groupes d’hommes se font face dans une vaste salle. Le centre est occupé par une balance à plateaux, dont l’un, chargé d’un unique volume, vient jusqu’à terre, du côté d’hommes vêtus simplement. Ils sont calmes. On comprend immédiatement qu’il s’agit des réformateurs et on reconnaît d’ailleurs parmi eux Calvin de profil, discutant posément avec un individu un peu rond, qui pourrait figurer Luther. Tout à fait à leur gauche, mis en valeur et un peu isolé, est sans doute Théodore de Bèze, observant la scène les mains jointes. Il semble avoir provoqué la scène dont nous sommes témoins. Le gros livre dans la Balance est évidemment la Bible, symbolisant la Parole de Dieu et se passant de tout adjuvant pour assurer sa victoire.

Leurs vis-à-vis revêtus d’habits sacerdotaux catholiques hésitent entre la stupeur et l’agitation. On distingue parmi eux un évêque, des cardinaux entourant le pape coiffé de sa tiare et assis sous un dais, un personnage à côté de l’évêque, peut-être le grand adversaire de Bèze au début du XVIIe siècle, Saint François de Sales, et des religieux. Tous contemplent le plateau chargé des symboles de l’Eglise catholique (les clés de Saint-Pierre, la tiare pontificale, un gros volume renvoyant soit aux Pères de l’Eglise soit à la Somme théologique de Thomas d’Aquin et deux religieux dont l’un est agrippé aux chaînes retenant le plateau), impuissants à faire pencher le fléau de leur côté.

VAN BEUSECOM, Martinus, XVIIe siècle (?) ©Musée historique de la Réformation, Genève. Exposé au MIR, salle de la Polémique